EST-CE QUE LE NOUVEAU CONTINENT ETAIT VRAIMENT UNE TERRE D'ACCUEIL?
HURLEMENTS de Katsu
En 1846, un groupe de pionniers fait la route en direction de la Californie. Cette expédition, qui devait marquer le début d'une nouvelle vie, tournera rapidement à la tragédie lorsqu'ils se retrouveront piégés dans la Sierra Nevada pendant un hiver très rude. Isolés et privés de ressources, la moitié des membres du convoi succomberont à la famine, tandis que d'autres seront forcés de commettre l'impensable : le cannibalisme. Voilà, ça c'est pour le côté historique (oui oui histoire vraie).
Ce roman m'a rappelé Demonica de Hervé Gagnon, où la famine et le froid poussent les personnages à projeter des monstres dans leur imaginaire pour mieux supporter l'horreur de leurs actions. Il devient alors plus facile de croire à l'existence de Wendigos, de possession démoniaque, de vampires, de loups-garous, de sorcières ou de zombies, plutôt que d'accepter la réalité terrifiante de la nature humaine confrontée à la faim extrême.
Alma Katsu ne déroge pas à cette règle, en exploitant son talent pour mêler horreur et histoire. Elle ajoute une dimension surnaturelle à ce fait historique. L'ambiance qu'elle crée est terrifiante : on ressent véritablement la peur et le désespoir qui s'emparent peu à peu des personnages, jusqu'à nous toucher directement. Leurs luttes et leurs dilemmes nous font nous attacher à eux, car au-delà de l'horreur qui les entoure, ce sont leurs émotions et leurs failles humaines qui transparaissent. Tout le monde peut s'identifier à un personnage entre les pères, les célibataires, les adolescents, les épouses, les mères, les jeunes filles, les enfants, etc... La tension est omniprésente tout au long du roman. Et chaque lecteur peut y projeter sa propre vision de l'horreur : maladie? Monstre? Ou autre?
« Au bout du compte, traverser l'océan n'aura servi qu'à retrouver ce que nous pensions fuir : la peur et la mort.
Mais en mille fois pire. »
Lorsqu'on lit l'horreur que subissent les Protestants en l'an 1562 (massacre de Wassy), on se dit qu'ils ne pourront pas connaître pire en navigant jusqu'au Canada, sur une Terre inconnue. Un petit groupe de colons décident de fuir la France pour recommencer une nouvelle vie dans la paix et la joie.
Enfin, c'était le but.
Ils perdront tout d'abord, une partie des leurs durant le voyage et ramèneront avec eux quelque chose d'étrange, difficile à nommer ou à interpréter. La petite Louise, 5 ans, n'est pas dans un état normal pour une fillette…
Parvenus enfin sur les Terres plein d'espoirs, le froid et la famine s'exposent avec arrogance, titillant l'un des pires tabous de l'humanité. Mais Guichard et les siens se refusent au Mal. C'est sans compter sur cette chose étrange, qui semble posséder Louise… Folie dû à la famine ? Démon qui poursuit l'affaiblissement des côlons survivants? Monstre ? Ou allégorie du vice humain ?
J'ai trouvé ce roman absolument captivant, bien écrit et personnellement, j'ai été surprise par le contenu !
LES ESSEULEES de Lavalle
Adélaïde Henry, une jeune femme noire, souhaite un nouveau départ dans le Montana, où elle espère s'établir après avoir quitté une Californie marquée par une tragédie. Elle parcourt cette aventure avec une mystérieuse malle, qu'elle tient particulièrement à garder très très très fermée. Mais qu'est-ce qu'il y a dans cette malle ? Et LaValle parviendra à décupler notre curiosité, jusqu'à la révélation...
Mais, le roman ne se concentrera pas uniquement sur cette malle, qui sera vite oubliée (sauf son contenu, oui moi aussi je veux ménager l'effet).
Les Esseulées, c'est aussi un peu d'Histoire américaine que je ne connaissais pas : en 1915, le contexte historique des États-Unis est marqué par des inégalités raciales, mais aussi par des opportunités dans des territoires en pleine expansion comme l'Ouest. Ce qui donnera lieu à des lois comme le Homestead Act de 1862, qui permettaient à toute personne, quel que soit son sexe ou sa couleur de peau, de réclamer jusqu'à 160 acres de terres fédérales moyennant une somme symbolique, à condition d'y vivre et de l'exploiter pendant au moins cinq ans. C'est cette opportunité qui ouvrira la porte au récit de LaValle, donnant lieu à des portraits de femmes, dont on s'attachera dès notre rencontre.
Mais le Montana n'est pas une Terre facile. Cette terre, métaphore d'une promesse aussi fertile que hostile, rappelle que les rêves les plus purs doivent parfois s'enraciner dans un sol cruel. La solitude, les conditions météorologiques et la pauvreté constitueront des éléments de récits captivants, notamment ce passage où Adélaïde, n'ayant pas de cheval, doit traverser des kilomètres sous la neige. C'est aussi ainsi que de fortes sororités verront le jour.
Donc, on a un western, féministe et un mystère...
Et quoi encore ? Ce qu'il y a de rude et de brutal ne réside pas que dans la Nature. Oui, l'être humain peut être une vraie plaie, surtout dans un contexte où la justice appartient aux riches. Et les procès n'étaient pas quelque chose de courant, d'ailleurs on n'entendra pas parler de juge, ni de shérif.
Heureusement, dans la fiction, on peut réinventer la justice. Et c'est là que LaValle frappe fort : il nous offre une catharsis puissante, sanguinaire, jouissive et horrifique. Quand tout semble perdu, il sait nous rappeler que l'imaginaire permet de rétablir un équilibre là où la réalité échoue souvent. C'est brutal, sanglant, mais tellement satisfaisant. Car la violence a été tant amenée par les mêmes qu'il est bon de savourer la revanche.
Les Esseulées, des femmes courageuses, un western féministe horrifique ? À vous de découvrir.
LA MORT DANS L'OUEST de Lansdale
Un révérend à la gâchette facile, arrive avec sa jument, dans un petit village, Mud Creek, dans le but de prêcher la bonne parole. En quelques jours, il se lie d'amitié avec un gamin futé prénommait David, fils du Maréchal-ferrant et tombe amoureux de la belle brune du coin, Abby, fille d'un docteur qui a des connaissances plus ou moins étranges sur le Nécronomicon et la démonologie. Connaissances qui vont s'avérer nécessaires. En effet, à la suite d'un lynchage absolument atroce d'un Natif et de sa compagne, les morts se lèvent pour se venger des bourreaux...
La première fois que j'ai lu Joe R. Lansdale, je travaillais dans une librairie et je découvrais par hasard L'Arbre à Bouteilles. J'ai suivi toutes les aventures de Hap Collins et Leonard Pines qui étaient traduites en France. Je m'intéressais à ses autres romans comme Juillet de Sang, Un Froid d'Enfer, Sur La Ligne Noire, etc... Avant de me rendre compte qu'à côté du polars, Lansdale était très doué pour l'horreur. Plus difficile à trouver, j'ai réussi à me procurer The Drive-In (https://www.babelio.com/livres/Lansdale-Le-drive-in/244818/critiques/3322197), le premier Zombie Tales et ses deux écrits des années 80/90 édités par L'Incertain (Texas Trip et La Mort dans l'Ouest).
J'avais déjà pris conscience de l'engagement de Joe R. Lansdale pour les minorités, ne serait-ce qu'en créant un personnage noir homosexuel au Texas avec sa série Hap&Leonard, mais on se rend compte avec celui-ci, que la prise de partie est très mitigée. L'horreur que subissent le Natif et sa compagne métisse est telle, que la vengeance est légitime. Et pourtant, on trouvera totalement injuste les dommages collatéraux, réveillant les doutes du prêcheur sur ce que nous faisons sur Terre.
Joe R. Lansdale dira dans sa préface, qu'il inclue ce roman dans le genre de série B, un western horrifique qu'on regarderait en mangeant un bol de pop-corn. Etait-il destiné pour le cinéma?
Petit Paradis.
Petit Paradis pour qui ?
Toujours bien poser la question.
Surtout lorsqu'on est entraîné dans une secte avec un prêtre gominé loin de la civilisation. D'ailleurs, j'ai pensé assez rapidement à une personnalité bien connu dans le domaine des gourous psychopathes américains.
Evidemment, je crois que je me dirige vers un truc assez classique d'horreur sectaire à la Midsommar ( film de Ari Aster) mais avec un fond Jim Jones ou Charles Manson… Et puis bah en fait : MAIS C'EST PIRE QUE CE QUE VOUS POUVEZ IMAGINER !!!!!
Il mérite bien son classement en horreur, aucun doute là-dessus.
J'ai été charmée par les personnalités atypiques des protagonistes, Micah, Minerva et Ebenezer, leurs dialogues, ainsi que leurs histoires passées. Malgré un livre assez chargé, je n'ai pas ressenti de longueurs.
J'avais déjà été horrifiée par son Troupe 52. Je dois dire que l'auteur est doué pour vous entrainer dans l'angoisse. Les illustrations de Adam Gorham sont top.
Le fait que cela se passe aux USA dans les années 60, rajoutent quelques éléments qui n'aident pas nos héros.
Un western sanglant qu'il disait ! Ah ça c'est certain !!
Le Western Horrifique, un genre que je découvre depuis peu et qui a encore beaucoup de références à découvrir...







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